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Hypersensibilité sensorielle et autisme : reconnaître et apaiser

Dernière mise à jour : 10 juin

Un bruit anodin pour vous peut être insupportable pour un enfant autiste. Si votre enfant met les mains sur les oreilles dans le supermarché, refuse certaines textures, ou hurle quand on lui coupe les cheveux, vous n'êtes pas face à un caprice. Vous êtes face à une hypersensibilité sensorielle, une caractéristique présente chez environ 90 % des enfants autistes.


Dans cet article, je partage ce que j'ai appris en cinq ans avec mon fils Sasha, diagnostiqué autiste à 16 mois. Comment repérer chaque type d'hypersensibilité, et surtout : que faire au quotidien pour apaiser.


Qu'est-ce que l'hypersensibilité sensorielle ?


Le cerveau autiste traite les informations sensorielles différemment. Là où un cerveau neurotypique filtre automatiquement les bruits de fond, les lumières, les textures, le cerveau autiste reçoit tout en même temps, à pleine puissance. C'est un défaut de filtrage sensoriel.


Concrètement, votre enfant peut percevoir le bourdonnement d'un néon comme un marteau-piqueur, l'étiquette d'un t-shirt comme du papier de verre, la lumière du jour comme un flash, l'odeur d'un parfum comme un coup. Ce n'est pas une exagération : c'est une expérience neurologique réelle, documentée par les neurosciences.


Les 7 sens à observer chez un enfant autiste


On parle souvent des cinq sens, mais il en existe sept à prendre en compte dans l'autisme.


L'audition : hypersensibilité aux bruits soudains, aux foules, aux aspirateurs, aux sèche-cheveux. Sasha mettait les mains sur ses oreilles dès qu'on entrait dans un supermarché.


La vue : lumières fluorescentes, écrans, contrastes forts. Beaucoup d'enfants autistes évitent le contact visuel non pas par désintérêt, mais parce que regarder un visage est sur-stimulant.


Le toucher : étiquettes de vêtements, coutures, textures laine ou jeans. Refus du contact peau-à-peau, ou au contraire recherche de pressions fortes.


Le goût : sélectivité alimentaire extrême, refus des textures mélangées, préférence pour des aliments mous ou croquants exclusivement.


L'odorat : réaction violente à certains parfums, lessives, cuisines. Sasha refusait d'entrer dans certaines maisons à cause de l'odeur.


La proprioception (perception du corps dans l'espace) : maladresse, besoin de se cogner, de sauter, de se balancer pour sentir son corps.


Le système vestibulaire (équilibre) : peur du mouvement, ou au contraire recherche intense de tournoyer, balancer.


Crise sensorielle ou caprice ?


Une crise sensorielle ressemble à un caprice, mais ce n'en est pas un. Signes typiques : l'enfant se bouche les oreilles ou se cache les yeux, s'effondre soudainement, hurle, mord ou frappe ; il fuit la pièce, devient muet et absent (shutdown), se balance ou se cogne la tête.


La grande différence avec un caprice : la crise sensorielle ne s'arrête pas par la négociation ou la punition. Elle s'arrête quand le stimulus disparaît, ou quand l'enfant trouve un refuge sensoriel.


10 stratégies concrètes pour apaiser au quotidien


Voici ce qui a marché chez nous, validé par notre ergothérapeute.


  1. Le casque anti-bruit. Le meilleur investissement de notre vie. Un casque de protection auditive de chantier (25 dB) dans le sac à dos, à mettre dans toute situation bruyante.

  2. La boîte à calme. Une boîte avec des objets sensoriels apaisants : balle anti-stress, slime, fidget, tissu doux. À sortir dès les premiers signes de surcharge.

  3. Le coin refuge à la maison. Une tente, un lit cabane, un coin sous l'escalier. Lumière tamisée, coussins, calme. L'enfant peut s'y réfugier sans qu'on le suive.

  4. Les vêtements sans couture. Marques spécialisées, ou simplement retirer les étiquettes et tourner les coutures vers l'extérieur.

  5. Les lunettes teintées en intérieur. Pour les enfants hypersensibles à la lumière fluorescente. Pas extravagant : un confort énorme.

  6. Le poids. Une couverture lestée, un gilet lesté, un coussin sur les genoux. Le poids active la proprioception et apaise le système nerveux. Effet immédiat chez beaucoup d'enfants.

  7. Les écouteurs musique. Pour remplacer le bruit ambiant agressif par une musique choisie par l'enfant. Très efficace en sortie.

  8. La routine sensorielle quotidienne. 10 minutes le matin de diète sensorielle : balançoire, trampoline, pression profonde. À mettre en place avec un ergothérapeute.

  9. Anticiper la sortie. Avant un anniversaire ou un magasin, prévenir avec des images : ce sera bruyant, si c'est trop on sort, tu mets ton casque. Le savoir change tout.

  10. Le langage des signes ou le PECS. Quand la crise empêche de parler, l'enfant peut quand même demander stop, encore, pause avec des images ou des signes.

Faut-il consulter un ergothérapeute ?


Oui. C'est le professionnel clé pour l'hypersensibilité sensorielle. Un ergothérapeute spécialisé en intégration sensorielle évalue précisément les canaux touchés, propose une diète sensorielle individualisée, forme les parents, conseille les bons outils.


En France, l'ergothérapie est partiellement remboursée via la MDPH (PCH ou AEEH complément). Pour trouver un ergothérapeute formé en intégration sensorielle, demandez à votre CMP, CAMSP ou consultez l'annuaire de l'ANFE.


Ce que j'aurais aimé savoir plus tôt


Pendant deux ans, j'ai cru que Sasha était difficile. J'ai eu honte au supermarché. J'ai voulu le faire obéir. Aujourd'hui, je sais que chacune de ses réactions était une information précieuse sur la façon dont son cerveau perçoit le monde.


L'hypersensibilité ne disparaît pas, mais elle se gère. Sasha porte encore un casque dans certaines situations. Il choisit ses vêtements. Il connaît son coin refuge. Il sait demander de l'aide. C'est ça, le vrai progrès : pas faire disparaître la sensibilité, mais lui donner les outils pour vivre avec.


Si vous êtes au début de ce chemin : votre enfant n'est pas en train de vous tester. Son système nerveux est en train de vous parler. Apprendre cette langue change tout.


Pour aller plus loin, j'ai raconté toute notre histoire dans mon livre Sauve qui peut, sortir de l'autisme (Éditions Idéo, 2023).

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